Graphiline

Jean-Paul Maury – l’imprimé se doit d’être exceptionnel

Jean-Paul Maury partage avec les lecteurs de GraphiLine son point de vue sur la conjoncture actuelle en insistant sur le caractère indispensable de l’imprimé : le désir qu’il doit susciter auprès des lecteurs.

Le 21-10-2013 par Antoine Gaillard

Jean-Paul Maury, comment se présente l’année 2013 pour votre groupe d’imprimerie ?

Jean-Paul Maury – Chez nous, on ne peut pas dire que ce soit l’euphorie, mais ce n’est pas la bérézina non plus. On finira cette année de façon positive, mais on sent que les marchés se tendent et que nos clients ne sont pas heureux. Ils vendent moins de publicité, moins de magazines au numéro… Il y a beaucoup de changements d’actionnaires. Il y a de l’inquiétude dans l’air… L’année 2014 sera à n’en pas douter très difficile à passer, s’il n’y a rien qui change.

C’est une tendance globale que vous constatez, ou propre à notre pays ?

Jean-Paul Maury – On ne peut pas dire ques les Arts Graphiques mondiaux soient au mieux de leur forme. La situation en France n’est pas formidable mais les pays voisins souffrent également. Il y a beaucoup de dépôts de bilan. Nous sommes un secteur qui est en train de se consolider. Il y a trop d’acteurs dans ce métier, par rapport au potentiel du marché. Nous allons être comme les cimentiers, comme les grands industriels d’autrefois qui se sont regroupés en grandes entités pour passer la vague. On va dans ce sens la, car il n’est pas possible de vivre tous, comme nous l’avons fait jusqu’à présent, avec une myriade de petites entreprises indépendantes. Maintenant, cela ne se fait pas en cinq minutes et cela laisse un peu de temps pour que chacun trouve sa voie.

Le Groupe Maury prendra donc toute sa part à cette grande consolidation en cours

Jean-Paul Maury –S’il y a des concentrations, c’est sûr que l’on en fera partie.

Voyez-vous venir de nouveaux acteurs étrangers en France, notamment en hélio ?

Jean-Paul Maury – Certainement pas ! La France n’intéresse personne actuellement, c’est trop compliqué, avec trop de problèmes sociaux, économiques, ou relatifs à la fiscalité… Le contexte national est complexe, avec un code du travail qui évolue sans arrêt ! Je suis heureux parce que je l’imprime, mais il augmente chaque année de 300 pages supplémentaires… On en est désormais à plus de 2000 pages ! Il y a un moment donné ou c’est beaucoup trop. Il va falloir trouver des simplifications car l’attractivité de notre pays en pâtit…

jean_paul_maury_graphiline

Votre crédo est que l’avenir de l’imprimerie passe par un bel imprimé.

Jean-Paul Maury – L’accès à information a changé ces dernières années. Autrefois, elle passait exclusivement par le papier. On attendait le dernier moment pour sortir les scoops en Une. Aujourd’hui, les scoops se font sur internet, à la radio. Quand on arrive avec du papier, 24h00 plus tard, tout le monde est au courant. On n’a pas la même intensité dans l’actualité. Le papier doit apporter plus d’épaisseur dans l’information, plus d’analyse. Le papier doit aussi apporter du rêve, du bonheur supplémentaire, tant par le contenu que par le contenant, la qualité du papier, son toucher… Un beau magazine ou un livre, cela se garde. L’imprimé doit être extraordinairement beau. C’est absolument nécessaire.

Pour vous l’imprimerie, c’est une passion avant que d’être un business ?

Jean-Paul Maury – Indéniablement, sinon, je n’aurais pas fait ce que j’ai fait. Et puis cela continue. Tous les gens qui ont un semblant de réussite sont à la base des gens qui ont quelque chose à dire, avec toute leur intensité, pour essayer d’y trouver du bonheur.

Comment un imprimeur d’aujourd’hui peut-il faire rêver un éditeur ?

Jean-Paul Maury – En comprenant parfaitement son métier; son besoin, en faisant retranscrire cette compréhension dans un produit lui correspondant parfaitement, et répondant bien entendu aux attentes du lecteur, car le lecteur est la finalité du livre ! L’imprimeur convertit les rêves d’un auteur ou d’un éditeur en un produit qui lui même fera rêver le lecteur, qui lui transmettra des émotions.

Quels sont les comportements qui pénalisent le secteur de l’imprimerie, qui pourraient trouver des solutions simples. Je pense aux rachats, aux effacements de dettes, à la concurrence déloyale du secteur de la presse…

Jean-Paul Maury – Je vois bien ce dont vous voulez parler… en abordant deux sujets à la fois ! Il y a des concentrations normales qui signifient une concurrence loyale, et des concentrations qui débouchent elles, sur de la concurrence moins loyale, voire déloyale. Il y a des entreprises qui sont tenues par des artifices financiers permanents. Depuis 45 ans, mes principaux concurrents ont toujours été dans des situations financières à n’en plus finir. Cela fait 45 ans que cela dure, que cela épuise les sociétés qui paient leurs chargent, forment leurs collaborateurs, sans bénéficier de rates off de dettes, des subventions à n’en plus finir, qui tombent du ciel et déstabilisent le marché. J’ai employé jusqu’à 1300 personnes et les seules aides de mon pays ont été de me construire un rond-point devant l’usine de Manchecourt ! C’est la seule aide que j’ai eu de toute ma carrière d’imprimeur. J’aurais pu avoir des subventions : je ne les ai pas cherchées et ne les cherche pas. Cela me donne de l’indépendance mais c’est sûr que quand j’ai en face de moi des gens qui arrivent avec des subventions, je suis obligé de réagir plus violemment. Je pense qu’il y a une concurrence loyale et une concurrence déloyale. J’accepte facilement la première, beaucoup plus difficilement la seconde.